
(26/11/2025 – Photos: CG Egypte)
Au sommet de la Tour La Marseillaise
s’est déroulée une soirée qui a tenu sa promesse d’émerveillement: la célébration de l’ouverture du Grand Musée d’Égypte et une plongée vertigineuse dans les arcanes d’une civilisation qui continue de nous parler.
Invité par Amr Elrachidi, consul général d’Égypte à Marseille, le docteur Jean‑Guillaume Olette‑Pelletier, l’un des tout premiers spécialistes mondiaux des « crypto‑hiéroglyphes », a offert à un auditoire captivé une démonstration lumineuse de ce que peut encore révéler la pierre.
Le cœur de la révélation tient à un geste simple: accéder au sommet de l’obélisque de la Concorde. Premier depuis Champollion à pourfendre ainsi l’inaccessible, Jean Guillaume Olette‑Pelletier a profité des dispositifs montés pour les J.O de Paris pour scruter des gravures que le temps et la distance avaient rendues muettes! De cette ascension sont apparus sept textes jusque‑là invisibles, sculptures de sens qui transforment l’obélisque en dispositif discursif, pensé pour être lu selon des angles, des hauteurs et des rites précis.
Parmi elles, un motif discret, des cornes de taureau juxtaposées formant le signe ka, la « vitalité », traduite comme une injonction: Apaisez la force vitale du dieu Amon, elle n’est pas une prière mais un message destiné à l’élite initiée qui entre au temple. Autrement dit: l’obélisque n’est pas seulement décoratif, il est conçu pour parler différemment selon l’angle, la hauteur et le public, fidèles, prêtres, nobles, et pour ordonner offrandes et allégeance. Jean Olette‑Pelletier a déployé avec passion la logique de ces cryptographies: lectures horizontales cachées dans des colonnes verticales, jeux de « fautes » volontaires ouvrant des sens doubles, dispositifs tridimensionnels qui ne prennent sens que lorsqu’on circule autour du monument ou qu’on l’aperçoit depuis le fleuve lors des processions. Ces procédés, loin d’être formels, légitiment la divinité du roi, circonscrivent l’accès au savoir et sculptent une mémoire publique maîtrisée.
Au‑delà de l’anecdote, la leçon est méthodologique et humaine. Le Grand Musée d’Égypte, qui rend enfin visibles des trésors longtemps confinés, devient un laboratoire indispensable: il faudra y appliquer les méthodes croisées, épigraphie, lumière rasante, lecture spatiale, pour entendre d’autres voix enfouies. Et la découverte rappelle aussi l’évidence simple et belle: elle naît parfois du hasard, un échafaudage, une rencontre, mais se confirme par la rigueur du regard.
Trois mille ans après leur gravure, les hiéroglyphes de l’obélisque nous invitent à nouveau à l’humilité.
Quand la pierre révèle un message caché, elle nous fait le cadeau de réinscrire l’humain au centre de l’histoire. Lire l’Égypte, c’est apprendre à entendre, à nouveau, des voix anciennes pour mieux comprendre notre présent.
Isabelle Verna Puget, Journaliste